Mumia Abu Jamal est ce qu'on pourrait appeler un activiste américain. Il est membre des Black Panthers depuis l'âge de 16 ans, en même temps qu'un journaliste, notamment sur une station de radio.
C'est un journaliste qui n'a pas hésité à dénoncer les abus dont les forces de l'ordre américaines se rendaient parfois coupables sur des représentants des "minorités" notamment noires.Il s'était également illustré en ouvrant les ondes de sa radio à d'autres réputés "activistes", notamment de l'organisation Move.
Tous ces actes rendaient Mumia "éligible", comme d'autres à une attention accrue de la part des autorités américaines.
Le 9 Décembre 1981
Mumia Abu Jamal en prison
Ce jour-là, Mumia Abu Jamal se trouve à un endroit où un de ses frères avait été violemment battu par un policier. Comble de malchance pour lui, un policier est abattu ce même jour, au moment où Mumia s'y trouve. Quand d'autres policiers se rendent sur les lieux du crime, et bien que le policier décédé tienne le permis de conduire d'un autre individu, ils procèdent de façon très violent à l'arrestation de Mumia Abu Jamal, si violemment qu'il doit être conduit à l'hôpital, où la pression policière ne se relâchera pas, bien au contraire.
On peut penser que Mumia Abu Jamal n'a peut-être pas été victime d'une machination, ce qui est sûr, c'est que les policiers décideront de lui faire porter le chapeau du crime et comme souvent, ne lésineront pas sur les moyens, honnêtes ou pas, de parvenir à leurs fins.
En particulier, le rapport de police dressé à l'hôpital révèle que Mumia Abu Jamal n'a fait aucune confession pendant qu'il était à l'hôpital.
Comme par miracle, deux mois plus tard, un nouveau rapport est publié, mentionnant que Mumia Abu Jamal s'est félicité d'avoir tué le policier.
Le procès
Mumia Abu Jamal
Comme c'est malheureusement trop souvent le cas dans le système judiciaire américain, Mumia Abu Jamal a été défendu par un avocat commis d'office dont la compétence et la motivation restaient à prouver. En particulier, l'avocat n'a jugé bon de ne convoquer aucun témoin durant toute la durée du procès.
Malheureusement également pour Mumia, le juge qui s'occupait de l'affaire est l'un des "recordman" en matière de condamnations à mort prononcées.
Enfin, de façon totalement illégale, le procureur n'a pas hésité, dans son réquisitoire, à se servir des propos révolutionnaires de Mumia pour mieux convaincre le jury. Un jury ne comptant pas de noir puisque le procureur a utilisé les possibilités offertes par la loi pour récuser 11 jurés.
Pour couronner le tout, pour sa "violence verbale", Mumia Abu Jamal a été exclu d'une bonne partie de son procès.
Comme on pouvait le craindre avec le système judiciaire américain, le procès se concluera évidemment par une condamnation à mort, et c'est depuis 1982 que Mumia Abu Jamal se trouve dans les couloirs de la mort.
Il a falli être exécuté en 1995, mais le tollé que cela a soulevé internationalement a contraint le gouvernement américain à surseoir à l'exécution.
Les nouvelles preuves
Des manifestants en faveur de la libération de Mumia Abu Jamal
© mumia2000.org
Un témoin se rétracte. Un témoin-clé lors du procès, Priscilla Durham, qui travaillait alors dans l'hôpital où Mumia fut transporté avait déclaré lors du procès l'avoir entendu dire "j'ai buté l'enfoiré, j'espère qu'il va mourir". Elle a officiellement affirmé depuis que la police l'avait forcée à dire cela, et qu'en réalité Mumia a uniquement demandé à sortir de l'hôpital parce que la police le harcelait, notamment en l'empêchant de reçevoir normalement ses soins.
Un homme confesse l'assassinat. Validé par un détecteur de mensonge, Arnold Beverly a avoué être l'assassin du policier. D'après lui il s'agissait d'un contrat de la Mafia, et c'est avec l'aide de policiers se trouvant sur place qu'il a pu prendre la fuite.
Un vétéran de la guerre du Vietnam a déclaré avoir vu toute la scène, mais la police l'a forcé à ne pas témoigner, et même à déménager.
En plus de ces nouvelles preuves, des éléments négligés lors du premier procès restent encore valables.
En particulier, la police n'a jamais cherché qui étaient les deux personnes qui ont été vues quittant le lieu du crime en courrant, l'arme du crime n'a pas été retrouvée, et ne correspondait pas au pistolet que possédait - légalement - Mumia Abu Jamal, et la police a omis de faire vérifier si les mains d'Abu Mumia présentaient des traces de poudre indiquant qu'il avait tiré.
Ses nombreux partisans espèrent qu'il bénéficiera d'un nouveau procès, et de longues et âpres batailles juridiques sont en cours pour cela.
Le mot de Mumia Abu Jamal
Je demeure innocent. Un tribunal ne peut transformer un innocent en coupable. Tout jugement basé sur une injustice n'est pas de la justice. Le juste combat pour la survie, la liberté et la justice ne peut que continuer
Mumia Abu Jamal, le 31 Octobre 1998